Les français et l’argent : une histoire compliquée

La semaine dernière, les candidats à la présidentielle se sont soumis à un exercice inédit en soumettant leur déclaration de patrimoine à la haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). J’ai été surprise de voir que les candidats étaient fiers, voire presque soulagés, d’annoncer des patrimoines peu élevés. Jean-Luc Mélenchon se justifie sur son blog d’être millionaire. Emmanuel Macron, ancien banquier qui a gagné des millions lorsqu’il travaillait pour Rothschild, est fier de ne pas avoir su gérer son argent. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi cela m’inquiète et je ne trouve pas ça très rassurant pour nos finances publiques.

La HATVP a été mise en place suite au choc de l’affaire Cahuzac. Son objectif est de moraliser la vie publique en veillant à ce que les grands dirigeants français ne s’enrichissent pas anormalement lors de l’exercice de leur fonction. Cette évolution est un réel progrès. Puisque ces femmes et hommes sont payés par des fonds publics, il est normal de s’assurer que leur comportement est exemplaire.

En revanche, lorsque l’on commence à faire un lien entre valeur de patrimoine et moralité, je m’interroge. Les deux éléments ne me semblent absolument pas liés. On peut être un bandit riche autant qu’un bandit pauvre, comme on peut être un bienfaiteur riche autant qu’un bienfaiteur pauvre. Lier moralité et patrimoine sous-entend également qu’on ne peut devenir riche qu’en bafouant la loi!

Tout ceci en dit long sur la relation avec l’argent en France. Cette relation est complexe et ne date pas d’hier. En France, il n’est pas de bon ton de parler d’argent avec ses amis. Alors qu’aux Etats-Unis, en deux minutes on vous demande combien vous gagnez et vous savez immédiatement combien coûte la maison de votre hôte. Mais d’où-vient cette gêne typiquement française?

Un excellent article publié dans Slate explique qu’il faut remonter au Moyen Age pour comprendre l’origine du tabou. L’auteur explique que les chevaliers n’aiment pas l’argent, ils sont courageux et réalisent des exploits. L’argent est réservé aux mercenaires. Dans la même veine, les nobles redistribuent l’argent gagné alors que les bourgeois thésaurisent (Harpagon et sa cassette). Aujourd’hui, une personne économe est rapidement étiquetée comme radine.

L’autre explication est le poids de notre éducation chrétienne. La religion catholique n’aime pas l’argent. Dans la bible, l’argent a toujours l’odeur du péché : l’avidité et l’avarice sont 2 des 7 pêchés capitaux. Aussi les hommes et femmes qui souhaitent consacrer leur vie à Dieu doivent entre autres faire voeu de pauvreté.

Tout ce bagage historique ne nous aide pas au quotidien. L’argent est un sujet tabou dont on ne parle que très peu au sein de la famille et surtout devant les enfants. Par ailleurs, l’école n’apprend pas aux élèves à gérer un budget. En France, les cours d’économie sont maintenant obligatoires à partir de la seconde pour les filières générales et technologiques, mais ce ne sont pas des cours de finance personnelle ou d’éducation financière. En Allemagne ou en Suède, les enfants apprennent dès le plus jeune âge à gérer les finances d’un foyer. Une étude de l’OCDE a montré que le niveau de culture financière des élèves français est inférieur à la moyenne des 13 pays analysés.

Gérer un budget n’est pas chose facile et demande de la rigueur. Dans un monde où les tentations sont fortes, il est d’autant plus important que les enfants comprennent la valeur de l’argent et de l’épargne. Parler d’argent avec eux peut aussi aider à transmettre des valeurs et la vie est plus facile pour les parents lorsque les enfants comprennent leurs choix.

Cette conversation autour de l’argent peut commencer très tôt. De nombreux experts conviennent qu’il est bon de commencer à donner de l’argent de poche lorsque les enfants commencent à aller à l’école. cet argent les aidera alors à apprendre l’épargne et la patience pour s’acheter un objet désiré. Sans rentrer dans le détail de son budget, on peut aussi expliquer des principes de base qui permettent d’avoir un budget positif.

Le sujet d’éducation financière des enfants est assez vaste et mériterait un post entier. Si ce sujet vous intéresse, je pourrai le developper dans un prochain article. Qu’en pensez vous?

mrs cat's eye

Un commentaire

  1. On parle beaucoup d’éducation mais jamais « d’éducation financière », je suis vivement intéressé par ce futur post ! Ma fille a 5 ans, je ne lui donne jamais d’argent (même pas quelques centimes), elle n’a pas encore de tirelire. Peut-être est-ce une erreur car, en effet, elle a les capacités de gérer un mini budget. Hâte de lire la suite, donc, et s’il y a une « boite à outils » ce serait top (« le Montessori de la gestion » 🙂 )

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